mardi 20 mai 2008

Le polyglotte de l'imaginaire

Il a dû tout récemment prendre une décision importante : remplacer au plus vite Antoine Paganotti en tant que chanteur de Magma. C'était au mois de février, alors que des concerts étaient programmés, dont le premier à Grenoble au mois de mars. Hervé Aknin s’est prêté au jeu des questions-réponses et nous propose de mieux faire connaissance avec lui. Portrait d’un artiste humble et attachant… et un grand merci à lui pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à cette interview.


Hervé, peux-tu, en quelques lignes, nous dire d’où tu viens, quelle est ta formation musicale et quel a été ton parcours artistique avant d’intégrer Magma ?

HA : Je me présente donc : je m’appelle Hervé Aknin, je suis né le 15 juin 1961 à Constantine (Algérie), je vis dans le Sud de la France à Montpellier. Mon parcours musical est assez chaotique : j’ai commencé par apprendre les rudiments de la guitare à 17 ans et dès que j’ai été capable de jouer trois accords, j’ai "composé" mes premières chansons avec la collaboration de mon frère aîné Patrick qui écrivait les paroles.
La musique est arrivée tard chez moi ! Je devais avoir 14-15 ans quand j’ai entendu pour la première fois les sons de guitares saturées de Deep Purple, Led Zeppelin, Queen, etc. Avant, ça dépassait rarement Guy Lux et la famille Carpentier ! Et puis le miracle s’est accompli quand mon frangin a eu assez de thunes pour s’acheter une "chaîne stéréo" !
Et là, tous les groupes métalliques de l’époque sont passés ! Petit à petit, je me suis dirigé vers les musiques dites "progressives" : Yes, Genesis etc., puis le jazz rock de Return to Forever, Mahavishnu Orchestra, Zappa. Je me suis dirigé tranquillement vers les musiques funky par l’intermédiaire de Al Jarreau et Earth Wind & Fire et j’ai découvert Magma !!!... et le jazz ! Sans Magma, je n’aurais peut-être jamais écouté de jazz, et je serais passé à côté de Coltrane, de Miles, d’Art Blakey.
J’ai chanté dans pas mal de groupes de rock progressif de la région montpelliéraine au tout début des années 80 : Gandalf, Futuo etc., j’ai commencé à travailler ma voix vers 85-86 avec un professeur particulier : M. Claude Verhagen, puis j’ai décidé de "tenter" le conservatoire – ce n’est pas forcément la meilleure idée que j’ai eue ! – j’y suis resté deux ans et j’ai continué ma formation avec des professeurs prestigieux tels que Jean Pierre Blivet (professeur de Nathalie Dessay, s’il vous plaît) et Yva Barthelemy. Finalement, après bien des années d’errance, je suis retourné vers mon premier professeur M. Verhagen à qui je dois tout ! Parallèlement à tout cela, j’ai chanté dans diverses formations jazz.
Dans les années 90, j’ai participé à la création du groupe vocal "Les Grandes Gueules", j’ai rejoint le Groupe classico-comique "Le Quintet de l’Art", enregistré un disque a cappella avec "Les Fêlés du Vocal".
Et en 2002, nous avons créé, Odile Fargère et moi-même, "Elull Noomi", un groupe vocal a cappella. Le répertoire est fait de compositions à moi, chantées dans une langue imaginaire, inventée par Odile. Nous avons sorti notre premier album en 2007 sur le label Ex-tension Records de Stella et Francis Linon, et Antoine Paganotti nous a rejoints en 2004.

Ton arrivée au sein de Magma s’est opérée dans un contexte marqué par une certaine urgence compte tenu du départ précipité de trois des membres du groupe qu’il fallait remplacer très vite. As-tu hésité lorsque tu as été sollicité, étant donné qu’il s’agissait de remplacer au plus vite Antoine Paganotti, voix de Magma depuis 10 ans et qui avait fini par devenir une composante essentielle du groupe ?

HA : Alors c’est vrai que j’ai hésité ! La première raison est que j’avais du mal à croire que ça m’arrivait vraiment. Quand Stella m’a appelé courant février pour me proposer de participer à cette aventure, j’ai bien mis 45 minutes à retrouver mon souffle après avoir raccroché ! Ensuite, bien sûr il y avait Antoine. Il était important pour moi de savoir comment il vivait tout ça, et surtout s’il existait une chance pour qu’il revienne sur sa décision. Je l’ai appelé et nous avons longuement parlé de cette situation étrange. Finalement, il m’a dit que je n’avais aucune raison de refuser. Le lendemain, j’ai rappelé Stella, et voilà…

Que penses-tu pouvoir, à terme, apporter au groupe et que penses-tu que le groupe pourra t’apporter ?

HA : Pfffiouuuu ! Ce que je peux apporter ? Franchement je ne sais pas ! Pour l’instant j’agis, je ferai un bilan plus tard. Le son sera forcément différent puisque je n’ai ni la voix de Klaus, ni celle d’Antoine. En même temps, il m’appartient de faire le maximum pour que le son reste celui de Magma. Donc, pour l’instant je dirais que je peux apporter ma bonne volonté, tout mon amour pour cette Musique et ma disponibilité. Pour le reste, on verra plus tard.
Ce que Magma peut m’apporter ? J’ai la chance de chanter avec des musiciens exceptionnels. La liste serait trop longue !

Est-ce que tu vas occuper une place identique à celle d’Antoine Paganotti ou bien Magma (qui compte actuellement une voix en moins puisqu’Himiko Paganotti n’a pas été remplacée) va-t-il déployer autrement son chant ?

HA : Dans un premier temps, il a fallu parer au plus pressé. J’ai été contacté courant février et il fallait être prêt fin mars pour le festival de Jazz de Grenoble ! Ma voix est donc pour l’instant une sorte de mix entre celle d’Antoine et celle d’Himiko, l’important étant de trouver l’homogénéité entre Stella, Isabelle et moi pour que la musique de Christian sonne. Au final, c’est la seule chose qui importe. Il a été question qu’une chanteuse intègre le groupe, mais je ne sais pas ou ça en est.

Selon toi, et avec l’expérience de ces premières semaines, les "petits nouveaux" de Magma – la seconde arrivée dans le groupe étant celle du pianiste Bruno Ruder à la place d’Emmanuel Borghi – peuvent-ils contribuer à une évolution de Magma et si oui, de quel ordre serait-elle ?

HA : Pas facile comme question ! Je serais tenté de répondre comme à la question concernant ce que l’on peut apporter à Magma : on verra plus tard. En fait, il faudrait poser la question à Christian puisqu’au final, c’est lui le compositeur. Que peut bien lui inspirer tout ceci ?
Bruno est un rythmicien fou ! Il travaille sur des équivalences que je n’imaginais même pas. Il faut que je m’accroche comme un malade pour tout piger et je suis bien content parce que je ne sais pas si cela va faire évoluer Magma, mais c’est certain : ça va me faire évoluer moi !

Quel a été ton premier contact avec la musique de Magma ?

HA : Mon premier contact décisif avec la musique de Magma a eu lieu en 1979. Je travaillais dans une fabrique de meubles à Lunel, petite ville du sud de la France, j’avais 18 ans. J’ai rencontré dans cette usine un fan de Magma. Il était musicien, bassiste. Il avait fait partie d’un groupe qui à l’époque était l’équivalent des Beatles à Lunel ! Ce groupe s’appelait Zakmoon, et lui s’appelle Jean-Charles Matta. Il m’a d’abord fait écouter le Live à la Taverne. Et paf ! La claque ! Je n’avais jamais entendu une telle musique auparavant ! Des sonorités incroyables, intemporelles. Et le rythme ! C’est simple, quand je mettais – et c’est toujours d’actualité – un disque de Magma, je ne pouvais rien écouter d’autre derrière, à part un autre disque de Magma bien sûr…

Avais-tu imaginé un jour faire partie de l’écurie Vander ?

HA : J’en ai rêvé ! Mais c’était plus un fantasme qu’un but. Je me souviens que vers mes 20 ans, j’ai dit pour rire : « Je suis Le chanteur de Magma ! C’est juste que pour l’instant "ils" ne le savent pas ! »... Et voilà qu’une bonne vingtaine d’années plus tard, Stella m’appelle ! C’est pas complètement dingue, ça ?

Tu vas, de fait, participer à l’enregistrement du prochain disque de Magma, "Ëmëhntëht-Rê" qui est par ailleurs une composition aujourd’hui mythique du groupe. Sacré enjeu ou enjeu sacré ?

HA : Déjà, je trouve incroyable de dire que je chante dans Magma ! Quand je rencontre quelqu’un que je n’ai pas vu depuis quelque temps et qu’il me demande : « Alors ? tu fais quoi en ce moment ? » et que je lui annonce la bonne nouvelle, j’en reviens pas que ces mots sortent de ma bouche : « Je chante dans Magma »… Alors voir mon nom sur une pochette de CD…

Tu es l’une des deux têtes du sextette vocal Ellul Noomi (1), dont Antoine Paganotti est membre. Voilà une situation atypique, pas forcément simple à gérer. Vas-tu maintenir la coexistence de ces deux formations ?

HA : Ce n’est pas simple à gérer mais pas impossible non plus ! Et le fait que je chante dans Magma ne remet absolument pas en cause l’existence d’Elull Noomi. D’ailleurs je me suis remis à composer ! Elull Noomi est très important pour moi. Et sans cette expérience, je n’aurais peut-être jamais rencontré Stella, Francis, Christian, Antoine et toute l’équipe. On a envie de créer, de jouer et une formidable envie d’avancer !

Dans Elull Noomi, tu chantes une langue inventée (l’Elull Noomi justement), et dans Magma aussi (le kobaïen). Te voici de fait un véritable polyglotte de l’imaginaire !!! Quelles sont, selon toi, les différences essentielles entre les deux ?

HA : La première différence entre ces deux formes de langages est dans le processus de création. Le kobaïen est le langage de la musique de Christian. C’est-à-dire qu’il naît quasiment en même temps que les mélodies. Lorsque Christian compose, ce sont les sons qu’il chante spontanément qui donnent naissance à cette langue avec ces phonèmes si particuliers. Dans Elull Noomi, c’est forcément différent puisque nous sommes deux. Odile invente une langue, cherche, entend d’autres sonorités, renomme petit à petit tout ce qui nous entoure et, le plus souvent, écrit sur ma musique des textes. Cela dit, il est arrivé aussi que j’écrive de la musique sur ses textes. C’est un vrai langage.
L’autre grande différence est la sonorité même de ces deux langages ! Et je vais te citer, car on n’a jamais aussi bien décrit cette différence et ce qui caractérise notre musique !

« Du côté d'Elull Noomi comme chez les kobaïens de Christian Vander, on s'exprime dans un langage inventé (ici l'Elull Noomi justement). C'est la co-fondatrice du sextuor qui s'y est collée, puisque tous les textes ont été écrits par Odile Fargère, qui réalise ainsi un vieux rêve : "Un vrai langage, avec du sens, avec lequel on peut vraiment communiquer..." Mais autant la langue organique de Magma est gutturale, virile même et propice aux incantations, quand ces dernières ne sont pas des commandements, autant les couleurs sonores d'Elull Noomi ne sont que fluidité et féminité, conférant à l'ensemble une impression de douceur quasi liquide qui nous éloigne très fortement des chants martiaux de la Trilogie Theusz Hamtaahk de Magma. Et nous rapproche du même coup de musiques plus minimalistes et plus sérielles comme celle de Steve Reich par exemple. » (2)

Nous sommes fin mars 2008 et à ce jour, tu es monté une seule fois sur scène avec Magma, pour un concert à Grenoble. Quelles sont tes premières impressions ?

HA : En fait, comme j’ai tardé à te répondre, on est mi-mai… et je suis monté cinq fois sur scène avec Magma… Désolé !
Mes impressions ? Difficiles à décrire, je ne suis pas tout à fait redescendu, je ressens une force, un dévouement, une énergie… palpable… tout ça en vrac ! C’est incroyable ! J’ai vu souvent Magma en concert et maintenant je fais à peine trois mètres de plus et je me retrouve à côté d’Isabelle et Stella !

Je te soumets à un questionnaire piège… Peux-tu, avec le minimum de mots (en français s’il te plaît), nous faire le portrait des membres de Magma (3) tels que tu les ressens ?

HA : En peu de mots ?

- Christian Vander : ce qui m’a frappé le plus, en dehors du fait que c’est un musicien extraordinaire, un compositeur de génie, c’est son engagement ! En répétition, il est le même qu’en concert, il est à fond tout le temps, il ne fait pas un son pour rien ! Évidemment en concert, l’échange avec le public fait qu’il va encore plus loin. Mais aucun doute là-dessus, il est à fond dans la musique… et la musique est en lui !
- Stella Linon : Stella c’est la franchise incarnée ! Quand elle a un truc à te dire, elle te le dit, point. Et c’est super ! Mais surtout quelle voix ! Une de tes questions était ce que Bruno et moi pouvions apporter, elle ne se pose même plus pour Stella. Magma existe aussi grâce à elle, c’est une Grande Dame !
- Isabelle Feuillebois : Ce qui est incroyable chez elle, c’est que quand Christian ou un autre membre du groupe lui dit qu’elle devrait chanter telle ou telle partie, elle refuse d’abord en disant qu’elle ne peut pas. Puis elle le chante, et c’est sublime ! Et elle essaye de nous faire croire que c’était naze… C’est dingue non ?
- James Mac Gaw : le premier mot qui me vient quand je pense à James est : fluidité. Pourquoi ? Je ne sais pas, son jeu probablement. Même saturé, son jeu reste fluide et clair. Ce n’est pas une place facile, guitariste dans Magma (y a-t-il une place facile dans Magma ?), à mon avis, le meilleur guitariste que Magma ait connu ! Ou en tous cas le plus proche de l’esprit de la musique de Christian.
- Philippe Bussonnet : Un Titan ! Un des meilleurs bassistes que j’ai jamais vus et j’ai la chance de jouer avec ! Je n’en reviens pas ! Pour le peu que je les connais, je dirais qu’avec Christian, l’un est le prolongement de l’autre, et inversement, complémentarité parfaite !
- Benoît Alziary : Benoît est une force de la nature, c’est simple : il n’arrête jamais ! Mais là ou il prend toute sa dimension, c’est sur scène. Les premiers concerts (Grenoble, Le Mans, Saint Germain en Laye) incluaient un set "jazz". Et il nous a gratifiés de chorus incroyables ! Rythme, mélodie, tout y était ! Grand, grand, grand talent !
- Bruno Ruder : Comme je l’ai dit plus haut, c’est un rythmicien de folie ! Mais pas seulement. L’harmonie, il connaît, et puis surtout il a fallu qu’il avale le répertoire et, autant pour les voix, il y a quelques plages de repos, autant pour le pianiste rien du tout !!! Il joue du début à la fin, chapeau !
- Francis Linon : Un calme olympien ! Quelle que soit la situation, il l’appréhende tout à fait calmement. Il est capable de te dire très tranquillement que niveau son, on est dans une merde noire. Cela dit, je le soupçonne de bouillir à l’intérieur !

Afin de mieux te connaître : quels sont tes musiciens préférés, tes influences (tous styles confondus) ?

HA : Voyons voyons… Magma ? Plein d’autres trucs aussi ! Pat Metheny, Chic Corea, Bob Berg, John Williams, Bartok, Fauré, Debussy, Poulenc, Coltrane, Miles, Carl Orff, Al Jarreau jusqu’en 82, Gini Vannelli jusqu’en 83, Paga, Jannick Top, Yes, King Crimson, etc.

Quels sont tes disques de chevet ou pour l’île déserte ?

HA : Ces derniers temps, j’ai beaucoup écouté la musique du film "Babel" et plus précisément un morceau d’un compositeur japonais (4) (dont j’ai oublié le nom… Honte sur moi…) qui se situe vers la fin du film ! Je pourrais écouter ce morceau en boucle une journée entière ! Le thème principal du film "La liste de Schindler" me met par terre, carrément !

Quelles sont les musiques actuelles qui t’intéressent ?

HA : l’électro, la tektonik (ou je ne sais quoi) me laissent totalement froid ! En fait les musiques que j’aime le plus sont justement celles dont on ne peut dire de quelle époque elles sont ! Celles qui me semblent intemporelles !

Propos recueillis le 19 mai. Un grand merci une fois de plus à Hervé Aknin pour le temps consacré à me répondre et pour sa grande gentillesse.

Pour en savoir plus : le site officiel d'Elull Noomi et la page My Space du groupe.

Et pour (re)découvrir Elull Noomi de vive oreille, "Aborimis", extrait du disque "Uléella".




(1) Dont le premier disque, "Uléella", est disponible sur Ex-Tension, le label de Stella et Francis Linon.

(2) Par un amusant retournement des choses, Hervé Aknin cite un extrait d'une chronique du CD d'Elull Noomi... que j'avais écrite sur la version précédente de ce blog et qu'on peut relire ICI.

(3) J’ajoute Francis Linon, qui occupe tout de même une place essentielle dans la vie du groupe depuis de longues années.

(4) Il s’agit du compositeur Ryuichi Sakamoto qui avait en son temps été le fondateur du Yellow Magic Orchestra.

© Maître Chronique 2008 :
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lundi 12 mai 2008

Les onze formules du professeur Zorn

Ce type-là commence vraiment à m’énerver…


Il pourrait se contenter d’être un saxophoniste lyrique dont les stridences vous interpellent au plus profond de votre sensibilité, vous agacent parfois, vous charment souvent, mais ne vous laissent jamais indifférents.

Il pourrait être un compositeur chef d’orchestre à l’étonnante prolixité, capable d’investir des univers sonores variés et parfois très éloignés les uns des autres, quand ils ne semblent pas irréductibles les uns aux autres. Mais toujours en quête.

Il pourrait tout simplement être à la tête d’un vaste mouvement artistique et apporter son soutien à de nombreux et talentueux artistes, notamment au sein de la communauté juive de New York.Il pourrait, il pourrait… Il peut tout cela en effet, j’ai même déjà eu l’occasion de saluer son talent sur la précédente version de ce blog, à l’occasion d’une carte blanche que le festival Nancy Jazz Pulsations lui avait offerte en octobre 2006. Un texte réécrit quelque temps plus tard pour le compte du magazine Citizen Jazz.

Mais il faut aussi que l’année 2008 soit pour John Zorn l’occasion de proposer un nouvel opus confondant de talent et de limpidité. Une évidence musicale dont la fausse simplicité confine au grand art. Et un disque de plus dans une discographie dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est abondante.

Et puis… j’avais déjà écrit aux trois-quarts cette petite note, quelque part dans un coin de ma tête, lorsque je me suis aperçu que dans sa dernière livraison, celle du mois de mai 2008, le magazine Jazzman, disait sous la plume d’Alex Dutilh, avec certainement beaucoup plus de talent que moi tout ce que j’avais envie de partager avec vous au sujet de ce splendide album. De quoi vous dégoûter et vous inspirer une retraite anticipée du côté des vingt-quatre mètres carrés de mélèze qui constituent la terrasse du jardin de ville de la Maison Rose pour un farniente bien mérité en cette période quasi estivale du côté de la Lorraine. Il y a les professionnels de la plume avec leur talent, d’un côté, et les "écriveurs" comme moi, qui essaient de traduire avec les moyens du bord ce qu’ils ressentent et tentent de partager leurs propres vibrations, dans la mesure du possible, de l’autre.

Je m’étais donc décidé à renoncer. Je pensais vous parler d’autre chose.

Et puis… non ! Achetez d’abord Jazzman sous forme papier ou électronique (parce que la presse spécialisée mérite d’être soutenue autant que faire se peut et parce qu’il devient bien difficile de rester au contact de ce qui n’est pas surexposé dans la sphère médiatique télévisée ou radiophonique) et prenez le temps de lire ces quelques lignes, il y a de toutes façons de la place pour tout le monde… enfin, presque, et pour combien de temps, c’est une autre affaire.

"The Dreamers", c’est le nom de ce nouveau disque, ressemble en effet à un petit miracle. Loin des stridences de Pain Killer, des climats éthérés et classicisants du Masada String Trio ou du jazz à teneur garantie en inspiration klezmer du Masada Quartet, la formule concoctée par le professeur Zorn est cette fois d’une limpidité qui en surprendra plus d’un parmi tous ceux qui, parfois, se trouvent déroutés par le caractère imprévisible de la démarche artistique et protéiforme de ce grand monsieur !

On devrait d’ailleurs plutôt évoquer onze formules car le disque est composé d’autant de pièces, souvent courtes (la plupart d’entre elles durant de trois à cinq minutes) d’où le saxophoniste est presque toujours absent (à l’exception de "Toys", seule présence fugace et néanmoins typiquement zornienne d’un alto vitaminé), cédant la place au Zorn compositeur, arrangeur et chef d’orchestre. Et là, vous pouvez m’en croire, "The Dreamers" est un magnifique modèle de mise en place et de mariage parfaitement harmonieux des couleurs sonores. La guitare de Marc Ribot, le vibraphone de Kenny Wollesen, l’orgue de Jamie Saft, les percussions de Cyro Baptista, la basse de Trevor Dunn ou la batterie de Joey Baron (formidable enlumineur, on ne le dira jamais assez) créent, sous la baguette de John Zorn, un délicieux breuvage dont il paraît difficile de se repaître. À peine achevée, l’écoute des 53 minutes de ce disque ne vous laisse qu’une seule envie : y revenir, encore et encore ! L’Electric Masada est bien là, au grand complet, et c’est un pur bonheur que de goûter avidement à sa musique. Le constat de cette somme de précision et de concision n’a rien de surprenant quand on a eu la chance de voir l’homme Zorn sur scène, tant son autorité est stupéfiante. Il me revient en mémoire l’édition 2003 du Nancy Jazz Pulsations où Zorn dirigeait d’un bras de fer cette même formation, mettant littéralement K.O. debout un public qui, pourtant, en avait vu pas mal d’autres.

Maîtrise, concision, imagination, romantisme, séduction et lyrisme.

Surtout, avec ce disque, Zorn réussit, sans jamais tomber dans le piège de la facilité, à rendre sa musique accessible au plus grand nombre tout en laissant libre cours à des passions sans frontières, qui font fi des étiquettes pour notre plus grand plaisir. Comme il le dit lui-même sur le site Internet de son label, cet album s’inscrit dans la continuité de "The Gift", album à vocation populaire s’il en est, et combine les passions musicales dans une sorte de conte de fées instrumental aux multiples facettes : world music, musique pour le cinéma, jazz, minimalisme, funk, rock et plus encore.

Inutile de préciser ici que le choix d’un extrait à vous faire écouter relève de la quadrature du cercle, parce que, justement, cet exercice consiste à mettre en avant une formule parmi onze alors que toutes mériteraient d’être distinguées. J’ai choisi deux minutes de "Nekashim", pour sa lumière, sa mélodie qu’on mémorise immédiatement, pour la fusion parfaite entre guitare, vibraphone et Fender Rhodes, pour la subtilité de la frappe de Joey Baron sur ses cymbales, pour la cohésion, l’évidence. Et pour un millier d’autres raisons, qu’on pourrait appliquer tout aussi bien à "A Ride on Cottonfair", "Mystic Circles", "Exodus" ou "Raksasa"…

Je ne suis pas un adepte des remises de trophées, des classements, de toutes ces visions scolaires ou diplômantes de la sphère artistique, mais "The Dreamers" est à mon sens l’un de ces ovnis musicaux dont on peut être certain qu’ils marqueront durablement les mois à venir et qu’il mérite à cet égard d’être considéré d’ores et déjà comme l’un des événements marquants de l’année.

Il devrait, en toute logique, faire partie de votre discothèque. Je vous aurai prévenus...



vendredi 9 mai 2008

Il suffirait de presque rien...

A me relire – ce qui m’arrive de temps à autre, mais pas plus qu’il ne faut, soyez rassurés – je m’aperçois que je me livre assez souvent à cet exercice d’auto-flagellation consistant à ne trouver aucun charme à la région que j’habite depuis le jour de ma naissance, voici maintenant plus d’un demi-siècle.

Car il est vrai qu’il faut être armé d’un moral à toute épreuve pour endurer chaque année une saison morne, à mi-chemin entre automne et hiver, dont les premiers jours tombent avec une exaspérante régularité durant la deuxième quinzaine de septembre au plus tard et qui ne condescend à se terminer, dans le meilleur des cas, que vers la fin du mois d’avril. Autant dire qu’il reste bien peu de mois pour profiter, éventuellement, des sourires d’un ciel bleu sans nuages dont l’illustration solaire vient nous réchauffer muscles et neurones.

C’est vrai aussi qu’il faut supporter tous ces crétins qui, au fallacieux prétexte qu’ils habitent une région située au sud de la Loire, font mine de croire que vous habitez en Allemagne et vous narguent de leur soleil permanent, quoique pas toujours au rendez-vous quand vous vient l’idée saugrenue de séjourner quelque temps dans leur paradis météorologique.

Et puis il y a l’autre idiot là, qui, tous les matins sur une radio périphérique, ne semble pas avoir compris que Lorraine et Alsace étaient deux régions distinctes (et fort différentes, vous pouvez m’en croire). On ne dit pas « Lorraine Alsace », mais la Lorraine, l’Alsace. J’ai tenté à plusieurs reprises de lui expliquer, sans succès.

Il y a aussi celui qui nous sert de président de la République et qui fait semblant de montrer ses muscles lorsqu’un affairiste indien fait la pluie et le mauvais temps sur la sidérurgie lorraine pour se hisser au quatrième rang mondial des plus grandes fortunes, comme si les ouvriers constituant son auditoire ce jour-là allaient avaler ses balivernes ne serait-ce qu’une petite seconde. Le mépris comme consolation face au chômage annoncé, on fait mieux.

Pourtant, il suffit parfois d’une toute petite étincelle pour éclairer d’un jour nouveau cette Lorraine qui trouve difficilement grâce à vos yeux.

Prenez ma Fraise de fille par exemple, qui vous téléphone un soir pour vous demander si, Madame Maître Chronique et vous-même seriez partants pour une jolie balade dans les Vosges sous la conduite sereine de Monsieur Fraise.

Vous acceptez très vite et ne regrettez pas votre décision : contemplez donc cette photographie, qui met en scène un magnifique jeu de lumières au bord du Lac des Corbeaux. C’est cela aussi la Lorraine, un espace inquiet du fait de son histoire qui l’a rudement mise à l’épreuve (souvenons-nous que du côté des Vosges, les délocalisations vers la Chine et autres contrées à bas coût ont creusé de profondes blessures, au grand bonheur de quelques actionnaires irresponsables…) mais dont le charme peut vous sauter à la figure pour peu que vous soyez prêts à l’effort minimal consistant à regarder un peu plus loin que votre rumination automno-hivernale. Un lac de montagne, quelque part au-dessus de La Bresse, c’est aussi un endroit splendide.


Splendide à défaut d’être paisible parce qu’on y fait de drôles de rencontres aussi… Les crapauds par exemple ! Imaginez-vous en train de dévorer goulûment un excellent sandwich que vous vous êtes confectionné au moyen de produits locaux fort goûteux et vendus à un prix plus que raisonnable (un avantage acquis à force d’être pauvre…) lorsque vous croyez entendre un coassement. Oui oui, un coassement ! Et là, force est d’admettre la vérité : à vos pieds, une armée de ces vilaines bestioles – c’est vraiment moche un crapaud, jaune brun avec des tâches et des yeux qui sortent du dos – est en train de se livrer à un exercice dont je ne vous proposerai même pas la description tant elle risquerait de heurter la sensibilité de mes plus jeunes lecteurs. Pour vous donner un petit indice, je n’hésiterais pas à qualifier ces innommables animaux de «fucking toads», et c’est un euphémisme tant on était en droit de se demander si, innocents touristes, nous n’étions pas en train d’assister à une véritable partouze ! Au sens propre comme au sens figuré, ça sautait dans tous les recoins du lac. Une brave dame promenant son chien – ou sa fille, je ne sais plus – tint à nous expliquer que nous n’avions là qu’un ridicule échantillon de ce qui se produit chaque année un peu plus tôt : des crapauds partout, partout, partout… Bravo les crapauds !

La Lorraine est décidément une région à nulle autre pareil. C’est aussi la réflexion à laquelle devaient être parvenus une bonne trentaine de motards anonymes (z’ont du mal à enlever leur casque ces gens-là, c’est incroyable) qui n’avaient pas trouvé mieux que de se réunir là, à 980 mètres d’altitude, au bout d’une petite route de montagne, sous nos yeux, tous moteurs pétaradants. Je sais pas ce qu’ils ont les motards : non seulement ils n’arrêtent pas de râler parce que routes et autoroutes sont mortelles pour eux et devraient toutes être équipées de glissières (eh, les gars, vous avez essayé de rouler moins vite ? Parce qu’en ce qui me concerne, je vois pas pourquoi je vous installerais avec mes impôts de quoi faire mumuse comme des gamins. Au bord des routes, il y a des panneaux avec des chiffres, c’est pour vous indiquer la vitesse à ne pas dépasser. Comment ? Ah, vous roulez trop vite, vous n’avez pas le temps de les lire. C’est bête…), mais ils sont tous, sans exception, affectés de la même tare. Je suis certain que vous avez déjà pu constater vous-même les dégâts qu’elle provoque sur leur comportement au quotidien. Cette maladie reste un mystère pour moi : le motard doit toujours d’abord mettre en route son moteur, faire un bon gros coup de vroum vroum et seulement après, il enfile son blouson de cuir, tranquillement, puis son casque, lentement, enfin ses gants et encore un coup de vroum vroum. Ou deux. Une fois ce cérémonial achevé, môssieur peut enfin partir en rugissant, vous expliquant certainement que c’est lui qui a la plus grosse. La moto bien sûr.

Je vois que je me suis un peu égaré. Je voulais vous dire que la Lorraine pouvait être belle, ce qu’elle est vrai sans conteste et que l’insolite s’y cache parfois, à condition qu’on veuille bien nous laisser en profiter sereinement, dans le calme et le doux parfum des sapins et autres mélèzes.

Je vous en reparlerai…

mardi 29 avril 2008

Pause contemplative

Décidément, la grisaille lorraine ne me vaut rien... Quelques jours en Languedoc-Roussillon, des heures de balade par grand beau temps, soleil et ciel bleu, et me voici revenu dans ma région natale.
Pfff...
Là, j'ai un coup de mou, alors en attendant la vraie reprise de ce blog, je me remets une petite dose de cette cure d'oxygénation. Vous pouvez en profiter.



Ne maîtrisant pas encore les manipulations You Tube, la qualité de mes images connaît ici une sévère dégradation par comparaison à leur version originale...

lundi 14 avril 2008

Jamais trottoir pour bien faire

Tout a commencé voici quelques semaines… Madame Maître Chronique, jamais à court d’une initiative astucieuse et armée de son légendaire bon sens, fut traversée par l’idée – qui, on le verra, se révélera saugrenue et source d’un déferlement épistolaire – de profiter de la présence de quelques drôles d’individus casqués et fort bruyants à force de défoncer notre rue au prétexte fallacieux de je ne sais plus quelle rénovation des conduites de gaz du quartier, pour leur demander un petit service.

N’écoutant que son courage – combien d’explosions ici où là n’ont-elles pas endeuillé les villes plus reculées lorsque, tous marteaux piqueurs dehors, nos combattants des assainissements ont perforé un tout petit peu plus loin que prévu – elle s’en fut trouver nonchalamment le chef de chantier, pour lui soumettre sa requête : «Puisque, cher monsieur, vous avez tout retourné ici au point qu’on ne sait même plus si nous allons pouvoir rentrer chez nous, auriez-vous l’extrême obligeance de considérer l’éventualité d’une légère retouche à apporter à notre bordure de trottoir ?». Excellente idée au demeurant, motivée par le souci d’une économie d’échelle marquant une citoyenneté au-dessus de tout soupçon et formulée avec toutes les politesses d’usage. Pour faire plus court, sachez, pour votre gouverne, que Madame Maître Chronique demandait à l’entreprise de travaux publics présente s’il était envisageable d’imaginer un léger rabaissement de ce qu’en termes triviaux on appelle notre «bateau». Parce que – une certaine Fraise s’en souvient parfaitement – l’accès au garage de la Maison Rose était depuis longtemps source de manœuvres complexes et pas toujours dénuée de risques pour certaines carrosseries qui s’en souviennent encore.

C’est là que les choses se sont compliquées et qu’une drôle de mécanique s’est enclenchée, impliquant dans notre affaire jusqu’aux plus éminents représentants de notre cité…

Il a d’abord fallu admirer la perplexité du chef de chantier, pas en mesure de répondre lui-même favorablement à cette redoutable demande sans avoir au préalable consulté un éminent spécialiste de la voirie urbaine. Cet expert fit dès le lendemain un rapide déplacement pour considérer notre cas et, enfin, admettre le bien fondé d’un petit aménagement. Ouf !

Aussitôt dit, aussitôt fait, la bordure du trottoir fut rabaissée selon les normes en vigueur et la pente corrigée en conséquence. Merci, merci, nous sommes vos obligés, enfin nous allons pouvoir circuler sans difficulté.

Tu parles… Tellement bien fait le boulot qu’à peine franchie cette satanée bordure, le museau de notre Navette Spatiale émettait un drôle de bruit. Ben on dirait que ça frotte là-dessous, allez, vas-y, avance encore un peu… Et hop, c’est fait, je suis dans le garage mais à quel prix ! Encore pire qu’avant ! Maintenant, si ça continue, je vais fabriquer du plastique râpé avec ma voiture. Bravo les mecs, joli travail. Je ne vous félicite pas…

J’ai d’abord demandé par téléphone la visite d’un autre représentant de la voirie, qui s’est empressé de reconnaître, en présence d’un collègue venu le soutenir dans le difficile exercice du diagnostic, que le travail avait été effectivement bâclé, ici un creux, là une grosse bosse et que, bien entendu, il fallait envisager une réparation de la réparation. Mais bon, sans l’accord du chef, vous comprenez, m’sieur… OK, qu’il vienne le chef, même que c’est celui qui avait donné son feu vert quelque temps auparavant. Il est venu le type, avec un représentant de l’entreprise suspectée d’avoir manqué son coup : «Ouais, ben, euh… Non, moi je trouve que c’est bien refait ce trottoir, essayez un peu avec votre voiture pour voir». Et v’lan, encore un coup de râpe pour que môsssieu se rende compte par lui-même, voilà ma voiture qui perd encore quelques copeaux de plastique. «Ouais, c’est sûr, faudrait trois centimètres en moins mais bon… vous comprenez, c’est la faute aux architectes, hein, z’ont fait les garages trop haut quand la maison a été construite. Et pis la rue, y a 100 ans, elle était déjà en pente, hein, alors, on va voir ce qu’on peut faire mais bon, c’est vous qu’avez voulu qu’on vous fasse des travaux après tout, fallait réfléchir». Ben c’est sûr, c’est même moi qui ai construit la maison, trois ans avant ma naissance et je me demande si dans une autre vie, c’est pas moi qui aurait dessiné le quartier. Tu me prendrais pas un peu pour un con ?

Celui-là, il m’a bien énervé ! Ni une ni deux, j’ai envoyé un petit mot au député, sur son site Internet (non non, n’insistez pas, je ne vous donnerai pas l’adresse). Faut dire que le député, je le connais personnellement, on se tutoie et même qu’il fait la bise à Madame Maître Chronique. C’est pas que j’attende grand chose de lui, mais comme la dite Madame Maître Chronique me le fit remarquer malicieusement, nous étions en période de campagne pour cause d’élections municipales, alors pourquoi ne pas tenter sa chance. Oui, c’est vrai ça, un petit service contre ma voix (rêve pas trop tout de même parce que je n’ai pas oublié que ton parti soutient un tout petit peu l’autre, là, le soi-disant Président… et ça, c’est rédhibitoire chez moi, dommage), ça peut toujours marcher.

A partir de ce message, nous sommes passés directement dans la quatrième dimension et l’automne est arrivé brutalement, les feuilles se sont mises à tomber d’un seul coup. Mais dans ma boîte aux lettres.

Tiens, la première, signée de mon député, est arrivée le 12 février : «Monsieur (avec Cher rajouté devant à la main, c’est rigolo, ça fait : Cher Monsieur), vous avez appelé mon attention sur les difficultés d’accès à votre garage suite aux travaux réalisés dans votre rue. Attentif bla bla bla bla bla… je suis intervenu auprès de monsieur le Maire afin de lui demander de bien vouloir faire apporter à la situation.» Faire apporter quoi ? J’en sais rien, c’est écrit comme ça, j’imagine que, peut-être, il s’agissait d’une solution mais on notera la perversité du politique : ce bestiau, ça dit sans dire, ça suggère sans affirmer, ça vous confit dans l’espoir tout en se laissant une porte de sortie au cas où. Sont malins, ces professionnels de la promesse récurrente. Bon, pour finir, il a rajouté à la main, une fois encore, que ses sentiments n’étaient pas seulement les meilleurs mais qu’en plus, ils étaient dévoués. J’ai même eu droit à la copie du courrier envoyé au Maire ainsi qu’un autre adressé à une certaine Béa manuscrite qui elle, en outre, reçoit des bises à l’encre. La veinarde ! On me mêle à l’intimité de ces braves gens, c’est bien gentil mais c’est pas ça qui va réparer mon trottoir et empêcher ma navette de terminer en lambeaux…

Le 20 février, re-belote ! Voilà l’adjointe déléguée (à quoi, j’en sais rien, c’est pas précisé) qui m’écrit une lettre pour me dire que le député lui a bien fait part de mes préoccupations et qu’il lui est agréable, je la cite, «de me faire savoir qu’elle a transmis ma requête pour instruction à la Direction du Pôle Technique de Gestion du Patrimoine qui s’attachera à apporter une réponse argumentée à ma demande dans les meilleurs délais». Ouf, c’est un peu long mais c’est comme ça qu’elle me cause l’adjointe. On dirait que ça ne rigole pas souvent chez elle. Le Pôle Technique de Gestion du Patrimoine ! Pour mon trottoir ! Hé les gars, c’est quand même pas une rue classée, hein, c’est pas parce que Maître Chronique y habite qu’il faut en rajouter dans la flatterie. Moi, je veux même pas une «réponse argumentée», je veux juste qu’on rabote mon petit trottoir de trois centimètres, comme me l’a expliqué mon expert en rues centenaires. Rien de plus, rien de moins, et on arrête un peu avec cette correspondance épuisante.

Silence… Jusqu’au 4 mars, date de réception d’un nouveau courrier, envoyé par un autre adjoint délégué (mais qui, lui non plus, ne veut pas se mouiller et ne me dit pas à quoi il est délégué, le cachotier) et là, franchement, c’est du grand art. Langage chantourné émaillé de quelques conseils pratiques et désintéressés, à moi destinés, moi le pauvre automobiliste un peu crétin que je dois certainement être… Je vous fais profiter ? Oui, je vois bien que vous n’attendez que ça…

«Etant très soucieux de la qualité de vie de mes concitoyens, j’ai examiné votre requête avec une particulière attention.
Il ressort de cette étude que la topologie du site, avec ses pentes en profil et en travers, a rendu difficile l’abaissement du trottoir.
Cependant ces travaux, qui ne vous ont pas été facturés grâce à la concomitance d’un autre chantier, seront complétés au début du mois de mars par un rabotage du trottoir.
Cette opération devrait sensiblement améliorer la situation. Toutefois, il vous appartiendra de rentrer ou sortir le véhicule de votre garage avec toutes les précautions inhérentes à la configuration des lieux, déjà existantes antérieurement».

Du grand art, non ? Non seulement il a fallu engager une étude pour conclure à la nécessité d’un rabotage dont l’évidence avait sauté aux yeux de mon expert préféré en quelques secondes, mais mon adjoint délégué m’explique non sans condescendance que j’ai de la chance parce que les travaux ont eu lieu en même temps que d’autres. Ben oui, banane, c’est même pour ça qu’on les a demandés, les travaux. Tu vas pas en plus faire comme si tu savais pas que, justement, Madame Maître Chronique avait choisi exprès le bon moment. Et pour finir, il me prend pour un abruti et m’explique comment je dois faire pour rentrer dans mon garage. Tu veux pas qu'on compare nos bonus / malus depuis vingt-cinq ans, pépère, qu'on voie qui de nous deux est le bon conducteur ? Pfff…

C’est pas fini ! J’ai reçu encore un courrier de mon copain député, tout content de m’annoncer ce que l’autre m’avait expliqué en long et en large quelques jours plus tôt, mais surtout de me faire part d’un rabotage imminent de mon trottoir chéri. Et en plus, bingo, j'ai même droit cette fois à des sentiments manuscrits les plus cordiaux et à mon prénom écrit à l'encre bleue à côté de mon titre officiel de Monsieur. Quand je vous explique que, jour après jour, la réputation de Maître Chronique enfle, enfle... jusqu'à la reconnaissance cosmique !

Bon, là, euh, en fait… nous sommes le lundi 14 avril, le mois de mars est terminé depuis longtemps, mon trottoir va très bien, on ne lui a toujours pas fait subir son rabotage, il est en plein forme et la Navette Spatiale tremble toujours autant à l'idée de se répandre sur le bitume. Y a comme un silence qui règne autour de cette affaire depuis que les élections sont passées et que tous ces baves gens ont été reconduits dans leurs fonctions (pas par moi, hein, pas par moi).

Oh, je me demande si je ne vais pas envoyer un nouveau petit mot à mon député, pour lui raconter tous mes courriers. Et puis, je voudrais tout de même bien savoir ce qu’il voulait faire apporter à ma situation. Parce que je n’ai toujours pas la réponse à cette question. «Je suis intervenu auprès de Monsieur X, Maire de..., afin de lui demander de bien vouloir faire apporter à la situation». Je suis sûr qu'il y a un sens caché derrière cette phrase mystérieuse.

C’est quand les prochaines élections ?

lundi 7 avril 2008

Jerry's jazz

Je lis dans le dernier numéro de Jazz Magazine, en page 38 de l’édition du mois d’avril, un article consacré à… Jerry Garcia, leader et inspirateur du mythique Grateful Dead, cette formation de San Francisco qui fut de toutes les folies psychédéliques d’une Amérique qui rêvait d’autre chose pour elle-même que le cauchemar vietnamien et s’oubliait dans un pacifisme libertaire à forte teneur en substances chimiques hallucinogènes. Le Dead, comme l’appelle tous ceux qui en furent et sont toujours les fidèles (eux-mêmes auot-proclamés Dead Heads), fut l’une des figures de proue du rock américain durant une trentaine d’années, jusqu’à la mort de son créateur au mois d’août 1995, finalement terrassé par l’arrêt d’un cœur usé après tant d’excès.

Étonnante apparition de l’un de mes héros de toujours dans une publication dédiée au jazz et qui, pour autant que je m’en souvienne, s’est rarement illustrée comme « passeur » d’un univers musical à l’autre et tout particulièrement vers le rock, même celui, pourtant élaboré et propice à de longues imporvisations, de Jerry Garcia et ses complices.

J’ai déjà écrit à plusieurs reprises sur ce sujet, celui du Grateful Dead de mes années d’adolescence qui me donna l’occasion de m’illustrer dans une curieuse stratégie d'un arbre à disques, complice involontaire de mes facéties consuméristes, moi qui un beau jour de novembre 1971, contractai le virus de sa musique chatoyante et libre et qui, jamais, ne parvins à m’en défaire. Aujourd’hui encore, près de 13 ans après cette disparition pénible, je ressens à intervalles réguliers et plutôt rapprochés le besoin de plonger dans un univers sonore chaleureux, immédiatement identifiable. La vie du groupe est encore une réalité au quotidien et les publications d’enregistrements inédits se suivent mois après mois. On annonçait tout récemment la sortie d’un coffret de 9 CD proposant l’intégrale de trois concerts donnés par le groupe au Winterland en novembre 1973. En souvenir de l'époque des disques vinyles, mon sang ne fit que trente-trois tours avec la promesse de longues heures de concerts, encore et toujours, à se fourrer bien au creux des oreilles. Que croyez-vous donc que je fis ? Oui, vous avez bien compris... et depuis l’avis d’expédition de ce nouveau trésor (dont le prix est plus que raisonnable compte tenu d’un taux de change particulièrement favorable à défaut d’être souhaitable…) qui finira bien par m'arriver, j’attends fiévreusement !

Mais si Jerry Garcia et le Grateful Dead sont à l’honneur dans Jazz Magazine en ce début de printemps, c’est aussi et avant tout en raison d’un projet d’hommage au groupe dont l’initiative revient à deux de nos éminents jazzmen hexagonaux, Lionel et Stéphane Belmondo, frères de sang et de musique. Le saxophoniste et le trompettiste n’en sont pas à leur première tentative de relecture, loin s’en faut ! On se souvient par exemple d’une exploration assez passionnante de la musique française du début du XXe siècle, et tout particulièrement celle de Lili Boulanger : un magnifique «Hymne au soleil» - qui par un étrange phénomène de jonction porte le même titre que le second album du Grateful Dead, «Anthem of the Sun» - paru sur leur propre label, B Flat, et qu’on n’est pas près d’oublier ; quelques années plus tard, ce disque plusieurs fois récompensé, demeure l’une des productions les plus attachantes du jazz français et je ne peux que vous recommander de le découvrir. Il faut également souligner le travail tout aussi passionnant réalisé par Stéphane Belmondo lorsqu’il rendit hommage à la musique de Stevie Wonder. Son «Wonderland» est une autre réussite, goûteuse et longue en bouche, qui vous fait courir comme un affamé vers votre discothèque à la recherche de ces merveilles appelées «Songs In The Key Of Life» ou bien «Innervisions».

Dans ces conditions, il va de soi que le projet d’un hommage rendu au Grateful Dead par ces deux musiciens me ravit pleinement. Voici donc deux de mes passions qui, une fois de plus, se rejoignent sous l’impulsion créatrice d’artistes ayant appris à dépasser les préjugés ambiants et qui osent s’affranchir d’étiquettes collées à la va vite par quelques supposés spécialistes.

L'hiver est bien trop long en Lorraine qui nous écrase sous une grisaille tenace depuis des mois... Cette lumière allumée par la fratrie Belmondo va vite me réchauffer et s'il m'est impossible de me rendre à la première de cette création (le 15 avril au Festival Banlieues Bleues), je saurai patienter, guettant ici un concert, là un disque. Voilà bientôt 37 ans que le Grateful Dead m'accompagne, j'ai appris la patience.

mardi 1 avril 2008

C'est Bon et ça roule !

Voilà un vrai plaisir de lecture… et de musique. J’avais curieusement laissé passer en son temps la publication de «Rolling Stones, une biographie» de l'écrivain François Bon et je finis par me demander, à la lecture des soixante-dix premières pages, déjà dévorées, de ce que l’on peut sans risque de se tromper qualifier de somme, comment il m’a été possible d’attendre aussi longtemps !
Erreur tout récemment réparée par l'achat de ce gros bouquin en édition de poche...
Cette biographie incomparable, écrite dans un français admirable et d’une richesse de toutes les lignes – comme si la plume de l’écrivain subissait les effets rythmiques et chaloupés de la musique de son sujet d’étude – nous prend par la main dès les années d’adolescence boutonneuses des «Glimmer Twins», autrement connus sous les noms de Mick Jagger et Keith Richards.
Le bonheur de cette histoire racontée avec autant de talent est une assurance plaisir offerte au lecteur, qu’il aime ou pas la musique des Stones. Mais j’appartiens, je le confesse, plutôt à la première catégorie.
Il se trouve en effet qu’à intervalles réguliers, je vais piocher dans ma discothèque quelques galettes d’un groupe qui a fêté l’an passé ses quarante-cinq années d’existence. Et si je goûte un peu moins la production des trente dernières années (bien que « A bigger bang », dernier enregistrement studio, soit plus qu’honorable), c’est toujours gagné d’une indécrottable impatience que j’accède au second étage de la Maison Rose pour assouvir cette délicieuse soif d’un unique cocktail à base de blues, rock, rhythm’n’blues et soul music. «Aftermath», «Sticky Fingers», «Exile On Main Street», «It's Only Rock'n'Roll»… et tous les autres !
Un beau ciel bleu, une température douce et un soleil printanier distillant ce matin une lumière tonique et si rare sur la ville de Nancy... Le temps d’un quart d’heure de marche pour gagner mon bureau, j’avais entre les oreilles la musique de « Let It Bleed », le chant gouailleur de Mick Jagger, les riffs rageurs de Keith Richards et le drumming si identifiable de Charlie Watts.
Rien d’autre à demander en cet instant, juste un merci adressé à François Bon pour avoir si bien su communiquer sa passion et nous offrir ce cadeau inestimable. Et nous donner envie de replonger, une fois encore, dans le bain de jouvence de la musique des Rolling Stones qui, pour avoir tellement défrayé la chronique et suscité polémiques et scandales divers, n'en ont pas moins gardé intacte une énergie qui les habite depuis les premières heures, bien au-delà de leurs excès en tous genres, de leurs affrontements réguliers et de leurs crises d'égo récurrentes.

lundi 17 mars 2008

Mac attaque ou le retour aux sources

Comme au bon vieux temps, il y a bien longtemps... Le plaisir de travailler avec un compagnon agréable et intuitif, fluide et simple d'utilisation. Je garde pour mon usage professionnel de très bonnes relations, quoique houleuses parfois, avec l'autre machine, celle du monde de Bill et je choisis, parce qu'il faut bien, de temps en temps, renouveler son équipement (oui, je sais, je sais, le précédent ordinateur ne date que de cinq ans mais je ne le remise pas pour autant, le voici converti ipso facto en un docile serveur de fichiers et gestionnaire d'impressions dans la Maison Rose), un élégant Mac Book tout de blanc vêtu et svelte comme un jeune homme ! Et je repense à nos premiers ordinateurs familiaux, un Macintosh Classique qui ressemblait à un Minitel, avant, plus coloré et un tantinet plus rapide, un LC III sur lequel une Fraise et un Mad Jazz Boy jouaient à éradiquer des centaines de lemmings ou Madame Maître Chronique devenir une experte en Arkanoïd...
Pour le reste, je n'ai pas le souvenir d'avoir effectué un achat aussi rapidement : le centre de ville de Nancy était bondé de monde en ce samedi printanier et, bizarrement, notre agitateur culturel semblait s'être vidé de ses clients en fin d'après-midi. Un passage rapide devant le rayon informatique pour m'assurer que l'ordinateur convoité était bien disponible, deux questions à un vendeur qui n'avait plus qu'à saisir quelques informations pratiques, une attente minimale aux caisses puis, pour finir, le retrait des achats... en la présence subite de mon fils fort étonné de constater que son "vieux" avait renouvelé son équipement de travail. Toutes opérations exécutées en moins d'un quart d'heure.
Et beaucoup moins encore, une fois l'objet déballé, pour le mettre en fonction et le connecter au réseau familial.
Ah, le plaisir de croquer la Pomme à nouveau !

lundi 10 mars 2008

Derrière le miroir

Photo : Maître Chronique

Cette scène se passe dans le métro parisien, à la fin du mois de décembre. Selon notre bonne vieille habitude, Madame Maître Chronique et moi-même avons arpenté les rues de la capitale, la truffe en l'air, jusqu'à nous en meurtrir le dos après une vingtaine de kilomètres de déambulation. La tête bien vidée après ce qui ressemble à s'y méprendre à une véritable épreuve sportive, nous venons de nous engouffrer sous terre et de nous effondrer sur une banquette à la propreté douteuse.
Et voici qu'approche un compagnon de rame : une barbe blanche interminable jaunie par la nicotine, un regard perdu dans le vide derrière une vieille paire de lunettes et cette odeur si particulière qui l'accompagne, savant dosage de transpiration, de vêtements sales, d'alcool et de tabac froid. Il s'assoit, colle son visage à la vitre et ne bouge plus. Il ne semble même plus parmi nous.
Ce voisin mutique porte une douleur cruelle, celle de la solitude et de la vieillesse. Je ressens le besoin de le photographier à son insu, à la volée. Pourquoi ? Aucune idée, sauf peut-être celle d'un témoignage, celui d'une époque où le monde dans lequel nous vivons se fracture chaque jour un peu plus, éloignant à jamais les démunis des insouciants.
Discrètement, j'effectue quelques réglages sur mon appareil : je passe en mode manuel, je désactive le flash et règle la sensibilité sur 800 ISO et, tout en faisant mine d'être occupé à une autre tâche, je regarde dans la direction opposée et j'appuie sur l'obturateur...
Cette photographie nous offre une étrange confrontation en réalité, celle d'un vieil homme fatigué qui contemple les mines souriantes de deux personnages illustrant une publicité murale, juste à côté d'un panneau indiquant la sortie.
Le cynisme d'un monde mercantile se moquant de ceux qui sont restés au bord de la route...

dimanche 9 mars 2008

Cordes sensibles (coda)

Quelques jours seulement après la publication sur ce même blog d’un texte consacré au contrebassiste Henri Texier (Cordes sensibles), concomitamment à la mise en ligne d’autres contributions du «Z Band», voici que tombe entre mes mains un précieux DVD consacré au Strada Sextet.

Ce film de 55 minutes, signé Fabrice Radenac et Alexandra Gonin, nous propose une immersion, presque intime, au beau milieu des séances de travail d’Henri Texier et ses cinq compagnons : François Corneloup (saxophone baryton), Gueorgui Kornazov (trombone), Sébastien Texier (saxophone alto et clarinettes), Manu Codjia (guitare) et Christophe Marguet (batterie). On retrouve donc le groupe en train de répéter trois compositions qui seront, quelque temps plus tard, au menu de «Alerte à l’eau», le disque vibrant du Strada Sextet publié l’an passé : «Ô Africa / Afrique à l’eau», «Valse à l’eau et «Reggae d’eau» et c’est un vrai bonheur d’écouter les musiciens échanger les idées, c’est tout leur travail d’écoute et de partage qui est ici mis en lumière. On peut aussi assister aux séances d’enregistrement au studio Gil Evans à Amiens. Enfin, chaque chapitre se conclut par l’interprétation sur scène de la composition. Bien évidemment, toutes ces séquences sont entrecoupées de propos - toujours opportuns - tenus par les différents musiciens.

Humble, sincère et passionné, ce témoignage est à l’image exacte de ses protagonistes. Il faut voir Henri Texier écouter avec patience les propositions d’harmonisation que lui fait Gueorgui Kornazov sur «Valse à l’eau», il faut apprécier cette manière unique qu’il a de présenter chaque membre du groupe en mettant en évidence ce qu’il a de meilleur et de spécifique. Il faut aussi goûter les hommages qu’eux-mêmes lui rendent et deviner le bonheur qui est le leur à faire ainsi partie de cette fête de la Musique.

Je retiendrai aussi ce passage où Henri Texier explique cet instant si particulier où, après des heures et des heures de travail, le musicien sur scène en arrive au stade où il n’a plus à penser, où il ne doit plus penser à la musique qu’il joue pour mieux la servir, pour être au maximum de son écoute et de réactivité.

En guise de bonus, ce DVD nous propose une version live intégrale de la belle suite composée de «Sacrifice», «SOS Mir» et «Sacrifice d’eau», au sein de laquelle vient se glisser «Le solo du clown», une éclatante démonstration du talent de François Corneloup au saxophone baryton.

C’est à ce niveau – et à ce niveau seulement – que je ferai le difficile et regretterai que les artisans de ce beau document n’aient pas crû bon de nous offrir la possibilité de voir l’intégralité d’un concert. Il est vrai que quand on aime, on ne compte pas et qu’on aurait tendance à vouloir toujours plus. Alors ce plaisir qui est indéniable n’a vraiment pas lieu d’être boudé !

On peut aisément se procurer ce DVD (disponible sur la label JMS) : par exemple ICI. Enfin, pour vous donner envie de l'acheter, un petit extrait d'un concert où le groupe interprète «Reggae d'eau» (attention, cet extrait ne figure pas sur le DVD)...






Merci, une fois encore, à Madame Maître Chronique pour son travail d'illustration.